Marthe et Suzanne – La Saint-Valentin (1)

Marthe se rendit chez Suzanne prendre le café et papoter un peu avant de filer ouvrir son salon. Suzanne, qui commençait à savourer le calme de la maison, lança à Marthe  « tu sais quelle date on est aujourd’hui ? ». 

Marthe prit un temps, et elle lui répondit avec l’air satisfait d’avoir trouvé « ah oui ! ça y est ! Je sais, celui des amoureux ». 

Suzanne répondit à Marthe par un large sourire, sourire qui supposait être l’annonciateur de cette journée. Elle avala une deuxième gorgée, et commença de plus en plus à se détendre et à apprécier que l’école puisse exister et surtout, elle n’aurait pas à récupérer les enfants à leur sortie, sa mère s’en chargerait. Elle avait enfin une journée entière pour elle. Elle finit par s’écrier : 

— « Enfin ! Enfin Marthe, je ne sais pas si tu te rends compte de ce que cela représente pour moi, mais ENFIN, je vais pouvoir passer une soirée pénarde. Pas de repas à préparer. Pas de devoirs, pas de coucher, pas de cris, mon dieu ! Marthe ! Je suis aux anges ! J’ai envie de laisser couler mes larmes de joie tellement que ça faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

— Ha ouais, tu es d’une humeur d’anges ? Juste pour ne pas faire à manger et être sans tes mômes ou, parce que, tu sais que tu auras un petit quelque chose accompagné avec ce dîner ? Tu as une idée de ce qu’il aurait pu t’offrir ? 

— J’en sais fichtre rien à vrai dire, et pour moi, c’est pas le plus important, ce qui m’importe, c’est effectivement de me retrouver sans les enfants, le temps d’une soirée, et toi Marthe, tu vas faire un petit quelque chose avec ton homme ? 

—Je trouve cette fête pas du tout importante, tu vois, alors je pense que je ne serai pas du tout disponible ce soir. D’ailleurs, j’ai décidé que je ne serai pas disponible. Je ne sais pas ce qu’il compte faire, et je n’ai à vrai dire, eu que très peu de nouvelles depuis notre dernier rendez-vous. 

— Ah je vois, j’ai compris, tu as peur d’être déçu s’il ne te téléphone pas, c’est ça ?

— Non pas du tout, j’ai pas peur, disons que je n’ai pas envie de me mettre martel en tête, me pomponner (Marthe le prononça avec l’accent du sud) et tout ça pour quoi ? Hein ? Pour finir seule, triste et constater que toutes ces niaiseries sur l’amour, que jusque là, je pensais en être préserver, ben au final, j’y croyais. Je sais pas lequel des deux m’attristerait le plus. Celui d’avoir espéré ou de m’apercevoir que ces niaiseries, je les aime bien ».

Sur ces mots, Marthe attrapa son sac et lança à Suzanne : 

— « Merci pour le café, faut que je file, passe une très belle soirée de saint Valentin ma belle, j’espère qu’il te gâtera ».

Suzanne, qui avait déjà avalé son café à grande vitesse —sûrement encore un réflexe de mère toujours pressée— lui cria :

— « Bye Marthe ! De toute façon, Valentin ou pas, l’important, c’est de passer une bonne soirée »

Pendant le trajet qui l’emmenait au travail, Marthe commença à cogiter en se demandant si Jacques, son amoureux, rencontré lors d’une soirée entre amis, penserait à lui faire une petite surprise, même si cela ne fait que deux mois qu’ils sont ensemble et que depuis quelques semaines, ils commencent à se voir régulièrement.

La journée fila. Suzanne était exténuée et finissait par regretter de se mettre autant la pression. Il faut dire qu’elle n’avait reçu qu’un simple texto de son mari, précisant simplement ceci « Happy Saint-Valentin ma chérie, je serai en réunion toute la journée chez mon client, mais prépare toi, ce soir, c’est notre soirée. Je t’aime ».

Elle pensa que son message était bien vague, mais elle était heureuse qu’il n’eût pas oublié. Elle se dit « il sait que c’est important pour moi, que nous puissions nous retrouver tous les deux ». Mais elle ne put s’empêcher de ce souvenir d’un message similaire que Diego lui avait envoyé, l’année dernière, pour son anniversaire, et au final, il n’avait pas pu arriver avant 22h. Elle se souvenait également dans quel état cela l’avait mise. Plus la soirée passait et plus sa colère grandissait. Elle s’était sifflée deux verres de vin, quantité assez suffisante pour une mère épuisée par sa journée, pour l’aider à s’assoupir sur le canapé et sans s’en rendre compte, elle avait entamé sa nuit en plein milieu du salon, la télé et les lumières allumées. 

Elle se retrouvait là, allongée sur le ventre, son bras gauche enfoui sous sa poitrine. Diego la réveilla. Et la première chose, qu’elle vue, ce n’est pas son visage, mais un bouquet, qu’il avait l’air de tenir en guise d’armure. Elle se souvenait de sa difficulté à se lever, car ce bras qui s’était réfugié sous son torse, s’était tout engourdi. Elle devait demander à ce corps fatigué, quelques efforts supplémentaires pour se relever. Elle se souvenait également de cette lumière si vive qui éclairait son salon avec le contraste de cette nuit, si intensément noire. Arthur, le présentateur de l’émission tout est permis, s’imposait avec sa voix, ses rires et l’ensemble de ses invités. Une fête s’était organisée sans son accord. Elle se rappela cette interrogation qui l’avait traversé à ce moment « il met toujours des bombers lui ? ». 

Elle en voulait à son Diego. Mais elle lui avait vite pardonné, car il s’était longuement excusé et qu’il avait l’air tout aussi accablé qu’elle, sa mine fatiguée le prouvait et les cernes qui dessinaient son beau visage marquait cette journée qui avait dû être éprouvante. Quand elle s’en aperçu, elle se dit qu’il s’investissait tellement dans la création de son entreprise, qu’à la fin, sa colère avait finit par s’essouffler. Et qu’elle avait attrapé le cadeau en signe de dédommagement avec le bouquet qui l’accompagnait. 

— « Tout cela est bien loin maintenant » pensa Suzanne, pour s’encourager ».

Mais soudain, elle se demanda s’il ne serait pas plus judicieux de prévoir un plan B, si malencontreusement, Diego devait rentrer plus tard que prévu et qu’ils finiront par devoir dîner à la maison. « L’anticipation de la ménagère coule en moi, ou non, c’est p’tete ce mauvais souvenir qui doit me poursuivre » pensa-t-elle. 

Pas le temps de prolonger cette pensée, elle enfila ses talons, attrapa son manteau qu’elle commença à enfiler tout en fermant la porte de la maison et se précipita jusqu’à la voiture, en brandissant sans fierté, la clef d’un geste affolé en continuant d’agripper son sac comme un ballon, prête à le balancer sur le siège du passager. Il lui restait très peu de temps avant que le supermarché du coin ne ferme et qu’elle puisse avoir le temps de décider de ce qu’elle allait acheter pour ce repas de « secours ».

À suivre

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